Informations générales
- Auteur : Jérôme Noirez.
- Date de parution : 2009.
- Format poche : Oui.
- Classé en Adulte.
- Note : 4 sur 5.
- Note des lecteurs (Aucun votant) :
    
- Conseil : A lire pour passer un bon moment.
 Attention : Ce livre contient des scènes à caractère érotique voire pornographique, réservées à un public averti. Résumé et AvisAu diapason des mots et des misères, l’existence dissone, le silence a un écho, la folie tient la baguette, le désir grelotte, les morts pourrissent au grand air, les araignées se mêlent de téléphonie, les enfants sont au supplice, la nostalgie est une atrocité, et tes aïeux te font payer le simple fait d’être né.
Ce diapason, tu ne t’accorderas jamais avec lui. Tu ne l’étoufferas pas non plus entre tes doigts. La musique qu’il désordonne n’a ni début ni fin. Tu n’as plus qu’à t’asseoir et à écouter. Avec un peu de chance, peut-être que tu deviendras sourd.
Citation : GiZeusM’attirer vers un livre de fantasy n’est pas chose aisée, il me faut des arguments solides et un prescripteur de confiance. Pourquoi cette méfiance envers ce genre ? Pour la simple raison qu’il est aujourd’hui surchargé, inondé, de l’avis même des éditeurs. Les stéréotypes foisonnent plus que partout ailleurs et l’innovation se fait rare, c’est pourquoi un auteur comme Jérôme Noirez est précieux. Son Diapason des mots et des misères fut donc une surprise totale et parfois brutale, transpirant l’originalité et la noirceur autant par le style que par le propos. Quoique la classification fantasy ne soit pas totalement exacte, on fleurte beaucoup plus avec le merveilleux.
D'habitude la signification d'un titre m'indiffère autant qu'un fibrome de Madonna, mais je dois reconnaitre que celui-ci m'a interpellé. Le Diapason des mots et des misères, un joli titre qui présente de manière élégante le bonbon noirci et l'enrobage chatoyant.
Cependant, malgré toutes les qualités de ce recueil, je doute avoir fait un choix des plus pertinents en m'y intéressant au sortir de Tolstoï. La plume sobre mais d’une rare prestance de l’écrivain russe contraste fortement avec l’embrasement perpétuel du français, et s’il est possible de lire et comprendre Tolstoï dans un état un peu moins que cadavérique, n’escomptez pas apprécier votre lecture de Noirez dans les mêmes conditions. Ce foisonnement erpétuel recèle un prix finalement peu élevé en regard du plaisir procuré, une attention de tous les instants pour espérer pénétrer dans ce saint lieu de l’Imaginaire. Le sillage fuyant de la plume acérée nous arrache au monde livide et pâle, nous propulse dans les limbes abyssales d’un esprit tortueux aux rêves enfiévrés ; à coup de virgules travaillées la plume dicte son rythme endiablé pendant que les tournures sublimées enserrent le lecteur de tous les côtés, le laissant pantois devant tant de virtuosité. Et si d’aventure l’encre rétive s’éprend d’un argot dérangeant, là encore le plaisir persiste.
D’après Catherine Dufour, qui signe la postface du recueil, la noirceur habituelle de l’auteur est ici condensée, exacerbée, comme si la contraction des pages en avait retranché toute la gaieté : les enfants ne véhiculent pas la joie de vivre, ils attendent dans l’angoisse la mort qui viendra les délivrer d’aïeuls leur reprochant d’être nés ; il n’y a pas de forêts luxuriantes - à une exception près -, mais de vieilles bâtisses croulantes aux murs lépreux. La nuit tombée, Prague n’est plus qu’une banquise fendillée de façades éparses, hantée par l’écho des Skoptzy et leurs gardiens inquiétants. Les jeunes lecteurs ne sont pas oubliés, l'auteur leur concocte trois nouvelles – disposées à la fin – qui sauront les effrayer. Si Shirley's Doll et La Leçon de piano (dans le style de Balthus) n'ont pas tellement retenu mon attention, c'est sans conteste L'Enfer des enfants pas sages qui les torturera, tout comme il l'a fait avec moi.
Néanmoins le sieur Noirez sait, entre deux nouvelles funestes, nous remonter le moral avec un humour décapant. La Grande nécrose en est un bon exemple avec son histoire de zombie loufoque où se mêle un peu de policier qui ne l'est pas moins, mais c'est notamment avec L'Apocalypse selon Huxley, où l'on suit quelques potes complètement déglingués prompts à la défonce, embarqués dans un trip foireux aux states, que l'auteur se montre sous un excellent jour. Il semble d'ailleurs que cette nouvelle ait remporté le prix de la meilleure nouvelle au GPI 2010. Feverish Train se montre également un digne représentant de l'humour noirezien, avec son train de tous les dangers et ses voyageurs atypiques.
Du recueil je retiens également la première nouvelle, 7, impasse des Mirages, qui raconte le retour au pays d'un père et son fils après l'explosion d'un puits de pétrole. Le récit, qui débute sur une note autobiographique – ou du moins qui s’en rapproche fortement –, bascule lentement dans le merveilleux. Et pour rester dans mes préférences, j’évoquerai Stati d’animo, qui met en scène un futuriste traquant un homme jusque chez lui, course poursuite retransmise en direct durant laquelle on a tout le loisir de haïr cet homme. Le procédé de narration, indirect, offre une plongée dans l’horreur fichtrement réussie. Néanmoins, la nouvelle-titre du recueil, Le Diapason des mots et des misères, m’aura rebuté au point de passer outre la fin, et ce en dépit de sa relative brièveté. Cette histoire de fil et de communication se révèle bien trop absconse et tordue pour moi.
A travers ces récits transparait également l’amour de Jérôme Noirez pour la musique, puisqu’en plus de baser une nouvelle sur cette thématique (Késu, le gouffre sourd) et un recours notable au lexique musical, le compositeur s’invite le temps de quelques pages pour dédier une ode à l’une de ses héroïnes.
En bref, car tout a été dit, cette première incursion dans le monde de Jérôme Noirez s’est révélée surprenante, dans le sens primaire du terme. Un condensé de non-sens dérangeant par moments, des thèmes très peu visités, émaillés de certaines scènes choquantes, mais surtout ce style foisonnant qui laisse peu de répit. Toutefois, je doute que ces textes soient la meilleure entame pour s’initier au monde de l’auteur, j’ai par moments eu du mal à distinguer l’aboutissement de tel récit.
Citation : BartimeusLe diapason des mots et des misères est un recueil de sons, d’images, de sentiments, souvent contradictoires. C’est un recueil qui donne la nausée, mais c’est une nausée dont on ne peut pas se passer, qu’on aime avoir. C’est de l’horrible raconté avec beauté, le beau mélangé au laid, un mélange de sons contraires qui fusionnent pour former une musique parfaitement rythmée : Le diapason des mots et des misères.
C’est du banal raconté avec style, l’intérêt même des nouvelles ne résidant souvent pas dans ce qui est raconté, mais dans la façon dont c’est raconté. Car oui, le diapason, c’est du style pur, couché sur le papier. Ce sont des images qui nous donnent envie de fermer les yeux et de les laisser ouvert, de boucher nos oreilles sans toutefois filtrer tous les sons qui y parviennent. Lire le diapason, c’est avaler de la bile et aimer ça, mais prétendre avoir détesté pour ne pas avoir l’air malsain.
Car les nouvelles sont vraiment terribles, ce recueil est un réel concentré des horreurs que l’on peut rencontrer sur notre planète. On y trouve vraiment de tout, la pauvreté, le fanatisme, ce que l’on pourrait appeler la recherche de la déchéance, bien que ce soit seulement une autre philosophie de vie, la pédophilie, encore une fois, longuement et bizarrement abordée dans une des nouvelles, et très brièvement dans un des contes pour enfants morts-nés, ou encore la schizophrénie… Tout cela abordé d’une façon dérangeante et pénétrante, qui nous parle. Comme une voix qui murmure à l’oreille des mots indécents.
Toutefois, les histoires racontées ne sont pas proprement le plus intéressant en elles-même, à vrai dire, il ne s’y passe pas grand-chose, l’action n’est pas ce que nous propose Noirez. Les nouvelles ne prennent d’intérêt que dans leur tout, chaque mot, chaque expression et chaque phrase comptent.
Mais tout cela ne va pas seul, sinon, il ne nous resterait plus qu’à prendre des cachets et à mourir. Noirez allie l’humour à ses nouvelles, l’entrelace avec perfection à l’intérieur. Cet humour particulier, toujours très noir, donne une nouvelle dimension aux nouvelles, une autre couleur, en demi-teinte. Elle nous font pleurer et nous font rire en même temps, et on s’étonne de réagir de la sorte.
J’ai rarement vu un livre éveiller autant d’émotions de cette façon, et je l’ai déjà dit dans mon article sur Leçons du Monde fluctuant, avec Noirez, je sais pourquoi j’aime lire et pourquoi je préfère le format livre aux autres. C’est exactement pour vivre ce genre de sensations que je lis, et Noirez arrive à me donner ce plaisir que j’attends de la lecture. C’est réellement l’auteur que j’ai découvert cette année que je compte le plus découvrir. Je suis donc content d’avoir fait dédicacer ce livre aux Utopiales, c’est vraiment à lire, et je pense ne pas me tromper (de toute façon Catherine Dufour le dit dans la postface) en disant que dans le Diapason, on retrouve du concentré de tout ce dont est capable Noirez, et ça donne envie ! Actions diverses
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