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Couverture

Informations générales

  • Auteur : Stéphane Beauverger.
  • Date de parution : 03/2009.
  • Format poche : Oui.
  • Classé en Adulte.
  • Note : 5 sur 5.
  • Note des lecteurs (2 votants) : EtoileEtoileEtoileEtoileEtoile
  • Conseil : A lire absolument.
Attention !Attention : Ce livre contient des scènes particulièrement violentes pouvant heurter la sensibilité du lecteur.

Résumé et Avis

Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d'impitoyables perturbations temporelles. Leur arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.
Qu'espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un gallion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l'impensable : un Léviathan de fer glissant dans l'orage, capable de cracher la foudre et d'abattre la mort !

Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d'aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l'Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait : qu'importe de vaincre ou de sombrer, puisque l'important est de se battre !

Avis :Citation : Bartimeus
Le déchronologue est un roman écrit par un auteur Français, Stéphane Beauverger, que je ne connaissais pas mais que je vais bientôt bien connaître à mon avis car cette découverte s’est révélée être un gros coup de coeur. J’ai été attiré par ce livre grâce à 3 points essentiels :

- La couverture : Toute en douceur, floue, elle attire par son mystère, et quoique certains la trouveront un peu simple, je l’aime.
- Les prix : Le déchronologue a en effet gagné deux prix depuis sa sortie en mars 2010, et pas des moindres car il s’agit du Grand Prix de l’Imaginaire 2010 et du Prix Européen des Utopiales 2010. D’habitude je n’y fais pas attention, mais cela va changer !
- La maison d’Edition : La Volte édite notamment Alain Damasio, dont j’ai très apprécié sa « Horde du Contrevent » (et quand je dis très apprécié, je modère mes propos, en fait, j’ai carrément adoré !).
Je m’attendais donc à quelque chose de bon, même si l’histoire en elle-même ne m’intéressait pas des masses. Il faut savoir que pour moi, le style de l’auteur compte énormément, peut-être même plus que l’intrigue, et que je suis prêt à lire un bouquin ignoblement stéréotypé tant que l’auteur écrit bien.

Ce n’est pas le cas du Déchronologue, d’ailleurs, je n’ai pas réussi à le classer, pour vous prouver à quel point ce bouquin est original. High Fantasy ? Science-Fiction avec l’Uchronie ? Je n’en sais strictement rien, et c’est peut-être mieux ainsi. Le déchronologue n’a de toute façon pas besoin d’être classé.

Tout d’abord, il faut dire qu’il porte extrêmement bien son nom, la lecture est très bouleversante, car elle ne suit aucun ordre chronologique, c’est tout juste s’il est logique. Je me suis longtemps demandé si il fallait le lire tel qu’il était écrit ou rechercher le chapitre suivant dans l’index. Donc futurs lecteurs du déchronologue, ce livre se lit bel et bien comme d’habitude (même si on a un gros doute tout au long de la lecture) !

Dans ce livre, on suit la vie du capitaine Villon, un flibustier Français comme il en existât au XVIIème siècle, même si aucun n’eut la vie qu’il menât. C’est étrange, car l’on passe, au premier chapitre, du commencement de sa carrière, à, au second, la fin de sa vie pratiquement. On revoit donc parfois des personnages morts plus tôt réapparaitre dans un chapitre suivant. Comment cela est-il possible ? Comment l’auteur parvient-il à donner une cohérence à son livre, si l’on assiste à la mort des personnages avant même de savoir ce que Villon et lui ont accompli ensembles ? Et bien c’est à la fois simple et compliqué. D’une part, il faut savoir qu’il y a très peu de personnages importants. Ça doit tourner autour de 6 voire 7. C’est peu mais cela suffit, car ce sont des personnages très complexes et très fouillés, qui même si leur nature nous révulse, si les erreurs qu’il commettent nous énervent, sont tout de même très intéressants et recherchés. Leurs réactions sont vraiment sensées et il paraissent humains. Ces 6 personnages là sont donc parfois brutalement introduits, mais ce n’est pas dérangeant car c’est généralement là qu’on en découvre le plus, et il n’est pas nécessaire de savoir comment Villon et lui se sont rencontrés ni ce qu’ils ont accompli ensemble avant que l’auteur ne nous le dise.

Autrement, ce livre est extrêmement intéressant d’un point de vue historique. On en apprend beaucoup sur le langage des marins et sur la piraterie, et plus précisément la flibuste. Malgré les quelques rares passages un peu « sales » qui pourront rebuter certaines personnes (faut pas le lire quand on a une irrépressible envie de vomir là, c’est clair et net) mais qui m’ont personnellement beaucoup plu (j’ai des goûts bizarres mais je les assume ), je le conseillerais à tout ceux qui veulent en apprendre plus sur l’univers des océans et plus particulièrement des Caraïbes.

Par contre, il faut faire très attention, ce livre est bourré d’anachronismes. C’est impressionnant, déboussolant, original, et tout ce que vous voudrez, il n’empêche que c’est parfois très drôle de retrouver des baladeurs MP3, radios, ampoules électriques etc dans cet univers où le monde les accueille avec peur mais aussi envie, des gens qui prennent cela pour de la magie. Appelées maravillas, ces produits d’une autre époque arrivent dans ce siècle par le biais d’ouragans temporels. Le monde va mal, si mal que le temps lui-même se dégrade, s’enroule sur lui-même pour fusionner deux instants complètement différents.

Villon joue un rôle important dans ceci, en commençant par marchander ces maravillas, afin de devenir riche. Villon est un ivrogne complètement obsédé par ces nouvelles technologies, et notamment par les conserva (je n’ai pas réussi à deviner ce que c’était exactement, je sais seulement que cela sert à se nourrir ou à soigner) qui pour lui, seront d’un grand secours aux populations. Malgré son très gros penchant pour la boisson, on s’attache très vite à Villon, sûrement à cause des différentes épreuves très dures qu’il traverse, notamment ses mises à la diète régulières. Malgré cela donc, Villon va travailler à réparer le monde qui part complètement dans tous les sens, en envoyant ceux qui sortent de ces ouragans par le fond.

Je n’en dis pas plus donc sur l’intrigue générale, à part que même si ça parait complètement déjanté dit comme ça, ça reste vraiment « logique », si tant est que l’on puisse le qualifier de tel. En tout cas, ça confère une ambiance toute particulière au monde du roman d’incompréhension et de peur, très bien retranscrite par l’auteur dans son style bien particulier et agréable, qui sait prendre toutes les formes nécessaires. Il n’y a pas beaucoup de descriptions comme dans un Miéville, mais les quelques qui y sont sont, je n’irais pas à dire belles car ce qui est décrit est généralement dégoutant, mais en tout cas extrêmement efficaces et enflamment notre imagination.

En tout cas, c’est un très bon livre que, même si je ne le recommanderais pas avant de connaître précisément les goûts des gens, je recommande à tout ceux qui veulent lire de la Fantasy originale. En tout cas, si vous avez aimé Perdido Street Station et la Horde du Contrevent, il est très probable que vous aimiez celui-ci, qui réunit certains aspect des deux.

La Volte ne m’a pas déçu et je vais farfouiller du côté de leurs bouquins je pense, j’ai comme l’impression qu’ils ont de très fortes exigences qui promet une qualité extrême.
Citation : Pef
Plongez-vous dans un roman d'aventures époustouflant et palpitant, parfois émouvant, souvent tragique, au beau milieu de la mer des Caraïbes, dans les années 40 (du XVIIème siècle, entendons nous bien). Stéphane Beauverger nous livre un roman formidable, très bien documenté, et extrêmement crédible. Oui j'enchaîne les compliments, mais c'est que ce livre les mérite !

C'est tout d'abord une géniale expérience de lecture qui vous attend. Prenez un roman, un prologue, un épilogue et vingt-cinq chapitres. Imaginez maintenant que vous lisiez les chapitres dans n'importe quel ordre. En sortiriez-vous avec une impression de cohérence ? Sans doute pas, et c'est là le génie de Beauverger. Les chapitres, quoique ne répondant à aucun ordre chronologique, sont placés de manière très réfléchie, on le ressent très bien à la fin, et de telle sorte que le suspense et le tragique vont grandissant au fil de la lecture. Parfait reflet de l'intrigue (le temps se dérègle et menace de tout détruire), cette forme originale est un premier motif de satisfaction.

Le style et les personnages suivent aisément. A l'aise dans le parler marin autant que dans le langage soutenu, l'auteur fait que ce roman de se laisse agréablement lire, drôle à l'occasion, intense plus d'une fois, poétique même de temps en temps. J'ai été vraiment emballé par ce style qui relate bien les espoirs et les malheurs d'un homme de plus en plus perdu. Cet homme, le capitaine Villon, est tout au long du livre utilisé par d'autres, qui lui imposent de soutenir leur cause sans trop lui expliquer les tenants et les aboutissants. Il est aussi confronté au problème du destin et du libre-arbitre lorsqu'il découvre un livre venu du futur et relatant les exploits des grands flibustiers de son siècle.

En plus du caractère réellement divertissant de ce livre, on peut donc apprécier sa subtilité, dans l'intrigue, dans l'écriture, dans l'agencement des chapitres. Il est à mon sens très abordable et peut donc être lu lorsqu'on est à la recherche d'un science-fiction inventive et originale.
Citation : GiZeus
Comme toujours, le bouche à oreille version nouvelle génération, c'est à dire internet, m'a permis de débusquer cet ovni à côté duquel je serais immanquablement passé sans cette invention du divin. Je serais également mauvaise langue de nier l'impact des prix reçus, ceux des Imaginales et des Utopiales. De même, la magnifique couverture bleutée, à consonance énigmatique, aurait pu orienter un choix indécis s'il n'avait été fermement décidé. Mais surtout, c'est le nom de la maison d'édition qui fut un prescripteur féroce. La Volte, qui, rappelons-le si nécessaire, a édité les deux romans exceptionnels d'Alain Damasio, La Horde du Contrevent et La Zone du Dehors, choisit avec un soin particulier ses auteurs, privilégiant la qualité à la quantité. C'est donc sans l'ombre d'une méfiance que je me suis embarqué pour un périple ma foi bien sympathique.

Nous suivons les aventures d'Henri Villon, boucanier français exilé sur les mers des Caraïbes du XVIIème siècle, dont la route, comme celle de bien d'autres habitants des îles exotiques, va croiser celle d'ouragans temporels. Ce dérèglement de la grande horloge aura comme conséquence, entre autres, l'apparition de maravillas, d'étranges objets aux propriétés mystérieuses, source de fascination extrême. Prenant conscience des dangers qui menacent son monde, le Capitaine Villon délaissera sa passion dévorante pour prendre les armes contre les envahisseurs du temps, tissant au long de ses aventures des alliances atypiques.

Ce qui frappe en premier lieu, c'est l'intensité et l'originalité du style de Stéphane Beauverger. Les descriptions sont souvent recherchées, s'appuyant sur le jargon de l'époque sans être aucunement lourdes. Le héros étant un capitaine émérite, le vocabulaire maritime se fait logiquement très présent. Les jurons d'époque sont bien entendu de mise, et les quelques "Christ mort !" et "Pute vierge" qui parsèment le récit sont un vrai régal pour les oreilles. De même, le sabir des contrebandiers possède un charme indéniable, bien que sa compréhension relève souvent du chemin de croix, ou parfois de l'incompréhension la plus totale. Bref, Beauverger écrit avec classe, au point de croire le récit réellement écrit par ce flibustier d'Henri Villon.

Cette réussite stylistique possède un intérêt double, celui de ravir l'oreille du lecteur avide de musicalité et d'originalité bien évidemment, mais également permettre un meilleur ancrage dans les Caraïbes d'antan. Ce dernier a bien fait l'objet de recherches poussées, et la géopolitique d'alors, bien que peu complexe avec la domination outrancière des Spagniards et des Portugais, que les autres nations européennes tentent chichement de renverser, est bien exposée et exploitée. Chaque mouillage dans une ville portuaire est l'occasion de s'imprégner de l'ambiance des lieux ; et les tavernes et estaminets seront les théâtres les plus représentés.

Si l'immersion et le style sont au rendez-vous, j'ai en revanche été moins convaincu par le scénario. La disposition particulière des chapitres, qui semblent avoir été mis au hasard lors de l'impression, me laisse dubitatif. Bien que le monde soit en proie à différents phénomènes temporels, cet argument me semble être la plupart du temps simplement un artifice inutile. Et quand on croit tenir la raison de cet agencement particulier, elle s'échappe le chapitre d'après. La fin se fait alors attendre pour expliquer ceci, mais on n'y trouve aucun motif particulier. De même pour l'histoire du glissement temporel qui semble arriver comme un cheveu sur la soupe dans les ultimes chapitres. J'ai l'impression que l'auteur s'est amusé à multiplier les mystères sans être capable d'en trouver des explications suffisamment développées - à mon goût, il va sans dire.

Il faut cependant relativiser ces propos, car en consultant un thread sur actuSF, on peut y lire que Stéphane Beauverger avait dans ses tiroirs une seconde version du manuscrit, qui elle révélait les mécanismes plus en détail que ce qui est proposé ici. On y découvre également que le roman a nécessité une réécriture complète. Au départ, les chapitres se suivaient, puis, afin de rendre l'histoire facilement compréhensible, pour expliquer suffisamment les motivations des protagonistes entre les trous de chapitres, tout a été réécrit pour convenir aux exigences de l'auteur. Il faut reconnaître la réussite de cette étape, car malgré les ellipses fréquentes, on arrive à suivre sans trop de problème les aventures du valeureux flibustier.

Il ne faut pas non plus oublier de saluer l'originalité de l'histoire, qui emprunte avec plus ou moins de succès des thèmes éculés de la science-fiction pour les détourner à la sauce Beauverger. Ainsi, le coup de l'incursion temporelle est judicieusement utilisé : il permet de nous entraiîer dans un premier temps à la recherche des maravillas - objets de convoitise et de fascination d'Henri Villon notamment, et qui se banaliseront progressivement dans les Caraïbes, responsables d'anachronismes en tous genres - qui amèneront à une lutte de plus grande envergure par la suite. Cette dernière amène d'ailleurs des problématiques assez intéressantes, que je déplore ne pas avoir vues exploitées plus en avant. Je pense notamment à la relation Targui-Villon, qui est longuement évoquée sans mériter pour autant l'attention que l'on aurait souhaité, et qui aurait jeté un éclairage intéressant sur ces observateurs dont on ne cesse de nous rabâcher la fonction.

Je regrette également que le message de l'auteur, que je vous laisse le soin de découvrir par vous-même, ne soit pas plus profond. Il est certes chanté de bien belle manière, mais se contente d'asséner ses vérités sans chercher plus loin. Pour tout dire, je n'ai pas réellement été surpris par le contenu du propos. L'amorce m'avait déjà titillé dans ce sens, et il m'aura fallu environ 200 pages pour trouver ce que je pressentais. L'étonnement est cependant venu de l'identité des mystérieux ennemis, dont on ne cesse de douter tout au long des chapitres.

A propos du protagoniste, Henri Villon, je n'ai pas été enthousiasmé par sa lutte. Je n'ai pas été pris par son engouement ni par sa détresse. Sans bénéficier d'une personnalité sommaire - elle est au contraire travaillée -, je l'ai souvent trouvé trop proche de ma personne par certains aspects. En ce sens, j'aurais préféré plus d'originalité et d'exubérance, bien que l'on ait affaire à un gentilhomme qui sache parfois se faire roublard, mais qui se fait avant tout le héraut de Beauverger. Comme je l'ai spécifié, je regrette de ne pas avoir été enthousiasmé par sa lutte, et la relative faiblesse du scénario sur ce point ne m'aura pas été d'une grande aide pour l'immersion. Les personnages secondaires tiennent quant à eux la dragée haute, mais comme pour Villon, l'alternance temporelle ne permet pas de se faire une idée précise de leur évolution, bien qu'ils ne soient pas au centre du sujet.

Si j'ai passé un agréable moment en compagnie du capitaine Henri Villon, l'ouvrage pêche pour moi au niveau d'un scénario qui occulte certains agissements que j'aurais voulu voir plus amplement développés, sans pour autant lui enlever des trouvailles originales, et d'un protagoniste que j'aurais voulu parfois moins propre sur lui. En revanche, le style et le monde décrit, bien que l'on passe énormément de temps dans les troquets d'alors, suffisent pour passer un moment très agréable, pour peu que l'on se laisse bercer par la plume riche et imaginative de Stephane Beauverger. Cette production inclassable, une fois encore aux Editions La Volte, m'incite moi aussi à me tourner vers cette maison que j'ai envie de soutenir.

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