Informations générales
- Auteur : China Miéville.
- Date de parution : 2002.
- Format poche : Oui.
- Classé en Adulte.
- Note : 5 sur 5.
- Note des lecteurs (1 votant) :





- Conseil : A lire absolument.

Attention : Ce livre contient des scènes à caractère érotique voire pornographique, réservées à un public averti.
Résumé et Avis
Jeune traductrice de langues oubliées, Bellis fuit Nouvelle-Crobuzon à bord du Terpsichoria en route vers l'île Nova Esperium. Arraisonné par des pirates, le navire est conduit vers Armada, improbable assemblage de centaines de bateaux hétéroclites constitués en cité franche, régie par les lois de la flibuste. Bellis y rencontrera bientôt les deux seigneurs scarifiés d'Armada, les Amants, ainsi qu'Uther Dol, mercenaire mystérieux aux pouvoirs surhumains. Un trio qui poursuit sans relâche une quête dévorante, la recherche d'un lieu légendaire sur lequel courent les mythes les plus fous. Sollicitée pour ses talents de linguiste, Bellis commence alors le plus stupéfiant des voyages, un périple aux confins du monde.
Avis :Citation : BartimeusLes Scarifiés a été défini comme un one-shot, mais l’on pourrait très bien considéré que ce roman est la suite de Perdido Street Station, car ces trois romans se passent dans le même univers – celui créé par China Miéville : Bas-lag - et surtout, à la même époque. Je conseillerais donc à ceux qui veulent lire les Scarifiés de commencer par Perdido Street Station.
Miéville ne revient pas sur les races déjà décrites dans Perdido, les Cactacés et autres Khépri apparaissent donc sans la moindre petite description, qui pourraient d’ailleurs paraître rébarbatives aux lecteurs de Perdido. Les autres pourraient se perdre au fil du récit. On retrouve aussi quelques petites références à Perdido et à ses personnages, mais qui sont quand même assez loin du fil conducteur. Mis à part cela, il est tout à fait possible de le lire en premier, les lieux et l’intrigue étant tout à fait différents.
On retrouve donc l’univers monstrueusement gigantesque de Bas-lag. Là où les romans précédents ne nous présentaient qu’une ville-état de ce monde, déjà bien assez vaste et hétéroclite pour qu’on s’y consacre autant de temps, Les Scarfiés nous présente le reste de ce monde, et plus particulièrement les mers et océans. On découvre donc de nouvelles races, toutes plus bizarres les unes que les autres, telles que les Cray ou les Anophilius, des végétariens lorsqu’il s’agit de mâles, ou des moustiques assoiffées de sang lorsqu’il s’agit de femelles, femelles qui donnent véritablement la nausée et la peur au ventre, ou encore des plus classiques, telles que les Vampères. On en apprend aussi plus sur la recréation. On « assiste » en effet carrément à une opération sur un sujet consentant cette fois, et c’est vraiment réussi.
Toutes ces nouveautés sont très intéressantes, mais ne sont rien comparés au sujet principal de ce livre : Armada.
Armada est une ville, mais une ville très originale, car c’est en fait… une armada de bateaux. Imaginez une ville composés de centaines d’immenses bateaux, reliés les uns aux autres au moyen de cordes et de passerelles, et sur lesquels vous pouvez circuler comme bon vous semble. Imaginez cela, à très grande échelle, sur plus de deux kilomètres de circonférence. Imaginez la, composée de bateaux usines, de bateaux jardins dans lesquels vous pouvez vous promener, de bateaux consacrés à l’élevage, possédant sa propre industrie, sa propre monnaie, sa propre économie, et survivant grâce au marchandage et à la piraterie, complètement mobile grâce aux centaines de bateaux qui la tirent à une vitesse infiniment petite, dérisoire. Imaginez la comme cela et vous aurez dans la tête une infime partie de ce qu’est Armada.
Armada, c’est grand. Le chaos qui y règne est immense, entre les bateaux qui s’entrechoquent incessamment, ceux qui s’agglutinent dans le cercle d’influence d’Armada, et le bruit des moteurs des autres qui tirent la ville afin d’éviter les intempéries et l’amener vers des eaux clémentes.
Cette ville se veut égalitaire, les Recréés ainsi que tous les autres sont recueillis à bras ouvert, prêt à recommencer une nouvelle vie. Car Armada fonctionne bizarrement, ce ne sont pas les habitants qui choisissent d’habiter à Armada, la ville entretenant une sorte de mystère et de légende à son égard, afin d’éviter les nombreux ennemis et jaloux, mais Armada elle même qui au gré de ses pillages et abordages, accueille à son bord de nouveaux habitants, immédiatement intégrés. C’est donc une ville avec encore plus de mélanges que Nouvelle-Crobuzon, encore plus de langues, encore plus de croyances, qui s’assemblent pour ne former plus qu’un ensemble, celui d’Armada. La ville est elle-même composé de plusieurs districts, qui ont chacun leurs propres lois et leur propre police, et qui s’affrontent en un bras de fer gigantesque pour le contrôle de la ville.
Il m’est impossible de décrire correctement Armada, seul China Miéville peut le faire, et comme il nous l’avait montré avec Nouvelle-Crobuzon, il le fait énormément bien ! On retrouve ses longues descriptions, très intéressantes, sur tout ce que voit Bellis, le personnage principal de ce livre.
Pas d’héros ou d’héroïne à proprement parler dans ce livre. Seulement une poignée de personnages principaux qui font se démènent soit pour se construire une nouvelle vie à Armada, soit pour tenter de retourner à leur ancienne.
Bellis est dans le second cas. Elle fuit Nouvelle-Crobuzon sur le Terpsichoria, un bateau appartement à l’armée de Nouvelle-Crobuzon, en qualité de linguiste, pour des raisons inconnues au départ dans l’espoir de pouvoir y retourner quelques mois plus tard. Malheureusement pour elle, elle tombe sur un escadron d’Armada qui les amène elle et les autres passagers.
Parmi eux, Shekel, un jeune mousse, ancien garçon des rues, qui se noue d’amitié avec un recréé du nom de Tanneur Sacq.
Mais revenons à Bellis donc, qui incarnera vraiment LE personnage principal, autour de laquelle les évènements importants vont se passer.
Bellis est une linguiste, froide et hautaine, elle ne m’est pas apparue favorablement au départ. Je la trouvais lâche, elle obligée à fuir pour des raisons qu’elle n’osait confier, se permettait de juger les autres passagers qui partaient, et certainement, fuyaient comme elle. Je ne l’aimais pas beaucoup, c’était une femme solitaire qui broyait du noir à longueur de journée, pas aimable pour un sou, même avec les personnes les plus avenantes… Bref, une acariâtre en or. Malgré tous ses défauts, on finit par s’attacher à elle et ses réactions énervantes et sa mauvaise humeur quotidienne. En dehors de cela, elle n’est pas exceptionnelle, ses seuls talents sont ses talents de linguiste, qui lui permettent d’apprendre rapidement des langues, et grâce auxquels elle va se retrouver embarquée dans la fabuleuse quête des Amants, les dirigeants d’Aiguillau, un district d’Armada, celui dans lequel seront accueillis Bellis et les autres passagers du Terpsichoria.
Les Amants sont deux, l’Amant, et l’Amante. Ce sont les Scarifiés, leur visage et leur corps tout entier sont couverts de cicatrice. Chaque cicatrice de l’un est reproduite exactement sur le corps de l’autre, dans une réplique parfaite. Bellis ne cache pas sa répulsion devant ce « barbarisme », qu’ils pratiquent soi-disant par passion. Ils sont deux mais ils sont qu’un, pour eux, ils forment une âme entière, séparée dans deux corps différents. Ils ont de grands projets, fous, pour Armada. Ces deux personnages sont surprotégées par Uther Dol, leur garde du corps.
Uther Dol est un personnage intéressant malgré toutes les qualités qu’il a, et qui font de lui quelqu’un d’un peu trop surpuissant peut-être. Il est en effet maître de toutes les formes de combat qu’il a rencontrées. Il est de plus très intelligent, et un thaumaturge (pour ceux qui ne le savent pas, c’est la « magie » du monde de Bas-lag, qu’il faudrait plus considérer comme une science) assez puissant. Au départ, ce n’est qu’un personnage tout le temps dans l’ombre des amants, mais comme tous, il va prendre de l’importance au fur et à mesure.
Tous ces personnages sont engagés dans un bras de fer où tous participent, chacun essayant d’atteindre ses objectifs en manipulant les autres. C’est impressionnant et on ne voit vraiment rien venir. J’ai été étonné de ma propre crédulité et stupidité. On se demande vraiment comment on n’a pas pu venir voir le coup, mais c’est tellement ficelé avec talent que l’on est obligé de passer à coté.
Cela se confirme donc, je ne peux qu’être ébloui par ce très cher monsieur Miéville et je vais m’empresser de commander le livre suivant, Le Concile de Fer, car c’est vraiment un auteur étonnant qui, avec les Scarifiés, ne fait que confirmer son énorme talent et son imagination débordante.
Je regrette de ne pas pouvoir en dire plus, je ne voudrais pas spoiler les potentiels futurs lecteurs, et j’ai déjà l’impression d’en avoir trop dit, si c’est le cas, vous m’en voyez désolé. En tout cas, si vous avez aimé Perdido Street Station, n’hésitez pas, ce livre suit sa lignée avec, pour moi, une histoire plus riche encore, car elle vient compléter celle de Perdido, et une intrigue encore plus originale !
Citation : CatlinelMa deuxième incursion dans l'univers de China Miéville et encore une fois, ça a été une plongée dans un livre-univers, avec la mer à l'honneur, de nouvelles contrées, plus mystérieuses et effrayantes les unes que les autres, peuplées d'êtres qu'on croirait sortis tout droit de cauchemars surréalistes.
La ville flottante d'Armada à elle toute seule aurait valu le détour. Bien que je n'ai généralement pas de mal à me représenter les descriptions que je rencontre dans mes lectures, j'ai tout de même eu quelques difficultés à visualiser quelque chose d'aussi grand et d'aussi particulier. Je n'ai jamais autant souhaité avoir une carte à disposition, c'est fort dommage qu'il n'y en ait aucune dans le livre.
A mesure que les districts, les quartiers, les parcs, les passerelles, les épaves - bref tout ce qui constituaient la ville flottante - étaient décrit, j'aurais voulu pouvoir les dessiner moi-même à défaut de pouvoir les voir de mes yeux.
Et pourtant, on ne peut pas dire que les yeux du personnage par lesquels on découvre tout cela soit spécialement indulgents; c'est même tout à fait le contraire. La jeune traductrice regarde son nouveau logis sans la moindre complaisance, ne voyant dans l'immensité de bateaux amalgamés que la prison où elle est condamnée à finir ses jours. Rétive, stoïque, fermée, c'est le genre de personnage difficile à prendre en pitié. Je n'ai même pas essayé. Peut-être parce qu'elle-même ne le fait pas.
Et c'est à se demander comment elle y parvient alors qu'elle va se retrouver balloté comme un pion dérisoire dans la chaîne des événements.
Les autres personnages renfermaient chacun leurs lots de secrets, et plus j'en apprenais, plus j'avais envie de savoir, entre le Brucolac, vampère tout-puissant issu d'un royaume où les vivants servent les morts, Uther Dol, guerrier invaincu et énigmatique et les Amants, avec leur passion équivoque et leur quête obsessionnelle où toute la ville se retrouve embarquée.
Mais la plongée se fait très progressivement. L'auteur prend vraiment tout son temps pour poser les bases de son histoire. La présentation d'Armada est scrupuleusement détaillée, sa fondation, sa politique interne, sa population. Le portrait de la ville ne pourrait pas être plus complet.
J'avoue que par moment, j'ai trouvé que ça traînait un peu trop en longueur. Il faut un bon tiers du livre avant que les choses ne commencent à s'accélérer un peu. Je comprendrais que certains puissent trouver cela rébarbatif car pour ma part, j'ai un peu peiné à suivre le rythme que l'auteur a donné à l'intrigue. De l'attente, beaucoup d'attente, à chaque fois pour savoir le pourquoi, puis une fois que je l'avais vu, je continuai pour voir le comment. J'avais l'impression d'être un poisson qui se laissait volontairement ferrer, juste pour voir quel goût avait l'appât.
Un peu long à se mettre en route donc, et des lourdeurs dans les descriptions mais un scénario intéressant, un monde riche et passionnant et au final un voyage atypique et résolument original.
Citation : PefComment ne pas éprouver de plaisir intense à lire Miéville ? Pour ma part c'est impossible. J'avais beaucoup entendu dire que ce livre était formidable, sans doute meilleur encore que Perdido. Effectivement j'ai adoré, mais annonçons dès à présent la couleur : j'ai préféré Perdido Street Station.
Il est vrai que Les Scarifiés est encore une fois la preuve incontestable du talent et de l'étendue de l'imagination de China Miéville. Armada est une merveille, magnifiée par la plume de l'auteur. Une ville flottante dont la cohérence interne qui est ici décrite est parfaite. Tout semble avoir été pensé par Miéville et il l'expose à merveille. Armada a aussi l'immense avantage de participer à l'agrandissement de l'univers mis en place dans Perdido, univers déjà immense et très dense, et j'ai été impressionné par cet élargissement soudain. L'auteur en profite pour introduire de nouvelles races humanoïdes qui enrichissent encore le monde introduit dans Perdido.
Cependant j'ai trouvé ce livre en deçà de Perdido Street Station que j'ai lu précédemment. Pour moi Les Scarifiés est un très bon roman d'aventures, et en effet on ne s'ennuie pas une seconde, mais Perdido allait plus loin. Je n'ai pas retrouvé la magie des descriptions et, alors que plusieurs passages du précédent livre m'avaient énormément touchés et marqués par la force du propos, la beauté et la puissance des descriptions, tout cela grâce à un style superbe et maîtrisé, ici j'ai plus été happé par le récit d'aventures et le suspense. Je cherchais la magie que j'avais rencontrée en lisant Miéville pour la première fois, en vain. Je trouve qu'il manque dans Les Scarifiés des moments forts, des passages portés au sublime comme la magnifique copulation des gorgones dans Perdido. Pour mieux me comprendre, je vous invite à lire l'avis que j'avais posté pour les deux tomes de Perdido Street Station. Je n'ai pas retrouvé cette magie dans l'écriture des Scarifiés.
Malgré cela, Les Scarifiés est un très bon roman, on y trouve de beaux passages, c'est toujours très bien écrit, mais j'ai l'impression que la complexification de l'intrigue s'est faite au détriment du travail de style. En bref, j'ai préféré Perdido, mais ne regrette absolument pas la lecture de ce livre-ci, et il ne m'a pas à proprement parler déçu, car l'action (bien plus présente que dans Perdido) nous prend sans nous lâcher. Pas d'ennui donc, mais pas d'extase.
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