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Informations générales

  • Auteur : Alain Damasio.
  • Date de parution : Inconnue.
  • Format poche : Oui.
  • Classé en Adulte.
  • Note : 5 sur 5.
  • Note des lecteurs (Aucun votant) : EtoileEtoileEtoileEtoileEtoile
  • Conseil : A lire absolument.

Résumé et Avis

2084. Orwell est loin désormais. Le totalitarisme a pris les traits bonhommes de la social-démocratie. Souriez, vous êtes gérés ! Le citoyen ne s'opprime plus : il se fabrique. A la pâte à norme, au confort, au consensus. Copie qu'on forme, tout simplement. Au coeur de cette glu, un mouvement, une force de frappe, des fous : la Volte. Le Dehors est leur espace, subvertir leur seule arme. Emmenés par Capt, philosophe et stratège, le peintre Kamio et le fulgurant Slift que rien ne bloque ni ne borne, ils iront au bout de leur volution. En perdant beaucoup. En gagnant tout. Premier roman, ici réécrit, La Zone du Dehors est un livre de combat contre nos sociétés de contrôle. Celles que nos gouvernements, nos multinationales, nos technologies et nos médias nous tissent aux fibres, tranquillement. Avec notre plus complice consentement. Peut-être est-il temps d'apprendre à boxer chaos debout contre le swing de la norme?


Avis :
Citation : Pef
2084 ? Il est bien optimiste notre Damasio ! Ce livre, ce sont nos sociétés d'aujourd'hui qu'il décrit, ou celles d'un avenir bien trop proche malheureusement ! La date est bien sûr un hommage au grand 1984 d'Orwell, mais tandis que ce dernier dénonçait les dictatures du milieu du XXème siècle, La zone du Dehors, elle, s'intéresse aux dérives de nos démocraties. Sur Cerclon, ville artificiellement oxygénée située sur Saturne (la Terre devenant invivable, détruite par l'homme), on a voulu réellement mettre en place une certaine égalité des chances et la possibilité de progresser au mérite dans la société. Mais c'est finalement une vraie contre-utopie qui se déroule sous nos yeux effrayés. N'est-ce pas en effet notre société qui l'on observe lorsque l'auteur nous décrit l'impressionnant système de caméras qui parcourent la ville, les logiciels ultra perfectionnés de reconnaissance d'individus, les écrans qui envahissent les murs, les fichiers de renseignement où chacun est catalogué (âge, opinions politiques, attirances et activité sexuelles, goût alimentaires, amis, amants, etc) ou encore la disparition des caissières dans les supermarchés ! Ce dernier fait peut paraître anecdotique, mais il est bien représentatif de cette société où l'on perd le contact avec les autres, même nos propres voisins. Ici tout le monde espionne tout le monde pour simplement assouvir son avidité monstre de voir, voir sans être vu, tout voir et partout. C'est pourquoi les murs sur Cerclon sont translucides : aucun coin n'est invisible pour l'observateur bien placé. On assiste aussi une scène terrible de jugement d'un homme transformé en immense jeu de télé réalité interplanétaire, où chacun peut décider de la vie ou la mort avec sa télécommande ! C'est terrifiant, car les Cercloniens, ce sont nous.

Face à cette société de contrôle indirect (fini la police à chaque coin de rue, ici on greffe, on utilise les dernières technologies et innovations chimiques) et de bonheur imposé (une grande partie de la population est d'ailleurs payée pour simplement être aimable), un groupuscule anarchiste se bat. La Volte. Emmené par l'emblématique Captp (raccourci en Capt), elle luttent pour le réveil, le sursaut, de cette société rendue molle avec son consentement. La volte cherche la vivacité et le partage. Il ne faut plus suivre le mouvement, mais l'initier, créer en permanence, toujours innover sans s'asseoir dans la facilité. Et tout cela pour être libre, vraiment. La liberté comme le dit si bien Damasio c'est douloureux, car ça signifie s'arracher à son petit confort où tout est si bien géré pour vous. Captp et ses amis luttent pour effectuer leur volution, et non pas une révolution, car toute révolution aboutit sur la reprise du pouvoir par un groupe, et alors tout reprend comme avant. La volution, c'est s'arracher aux normes, s'auto-gérer. C'est difficile mais le résultat tellement extraordinaire.

Damasio excelle dans cet exercice de remise en cause de nos sociétés actuelles. Ce livre est l'occasion pour les personnages de confronter leurs visions de la liberté et du pouvoir, de développer des sujets tels les canons de la beauté féminine ou la publicité et le marketing. C'est du Damasio et si vous avez lu la Horde du Contrevent, vous ne devriez pas être dépaysé. Même maîtrise de la langue française, même libertés prises avec cette langue, même précision dans l'écriture. C'est un roman absolument génial qui nous permet une remise en question, individuelle et collective: sommes-nous à ce point contrôlés sans que nous nous en rendions compte ? Nous qui érigeons la liberté comme principe suprême, somme nous réellement libres ?

La zone du Dehors est à lire, pour tous ceux qui ont apprécié 1984, c'est sûr. Et par tous les autres, car c'est un livre qui nous touche dans sa provocation et son insolence. Et son sérieux aussi bien sûr. Je l'ai personnellement adoré, et bien que certains passages politico-philosophiques soient assez difficiles à comprendre, on ne sort pas de ce livre aussi aveugle. Je le relirai sûrement pour mieux le comprendre, le cerner, mais il s'impose d'ors et déjà comme un coup de cœur ! Alors n'attendez pas, lisez le et faites votre volte à vous !
Citation : Bartimeus
On retrouve la Horde, c’est indéniable. Que ce soit au niveau du changement de style selon le narrateur ou des jeux de mots incomparables, on sent que c’est Damasio qui se cache derrière ! Même si la puissance du style est moins présente que dans la Horde (c’est compréhensible, la Horde a été écrite après la Zone), c’est encore un bouquin qui fait que, à la lecture, on se demande s’il a été traduit ! C’est une oeuvre de Français incomparable, doublée d’une critique de la démocratie plutôt fine et recherchée. Critique de la démocratie, mais pas que ! A la manière d’Orwell dans son 1984, Damasio nous donne sa vision de l’avenir, et même si dans Cerclon, la vie n’est pas dangereuse, ce qu’il prévoit pour la Terre n’est pas vraiment encourageant, même si c’est ce qui se produira inévitablement un jour.

Mais, et c’est cela le plus intéressant dans ce bouquin, et ce à quoi va être consacré la grande majorité du bouquin, même si la vie n’est pas dangereuse sur Cerclon et qu’on y vit confortablement, même pour le « dernier » des citoyens, un mouvement se bat continuellement contre la démocratie en place.

Je dois dire que la première chose qui m’a frappé, c’est que l’on puisse remettre en cause la démocratie. Et je pense que cela a été une double claque quand je me suis rendu compte de ma naïveté : depuis que je suis né, on nous rabâche tellement les oreilles sur le fait qu’il n’existe pas mieux que ce régime, que l’on a bien de la chance de vivre dans cette époque de paix, etc, que je ne m’étais même pas donné la peine d’y réfléchir, j’y croyais et ils avaient même réussi à me faire éprouver une sorte de fierté (que certains appelleront patriotisme ?) quand au régime en vigueur dans mon pays.

Et c’est exactement ça que dénonce Damasio ! Cette espèce de « propagande » passive, celle que tout le monde insuffle aux autres, un bouche-à-oreille naturel, inculqué aux générations suivantes par le biais des valeurs et des normes par leurs propres parents. Le citoyen qui se dit « Je me tais parce qu’il y a pire ailleurs et que j’ai de la chance de vivre comme je vis » alors qu’il peut vivre autrement : mieux !

Attention, je ne dis pas que ce que nous avons est une horreur absolue, qu’il faut retourner dans une monarchie, non, il faut avancer, avancer au risque de revenir au début, mais pour emprunter un chemin différent. Damasio propose l’anarchisme, cependant, je ne pense que ce soit viable sur le long terme, et il le prouve dans son livre.

En effet, ce que Damasio reproche aux gens, c’est de ne pas vivre leur vie comme ils l’entendent, de se laisser dicter leur vie par des lois, des normes et par le regard des autres. Mais pire encore, c’est que l’on plonge dans un système où chacun est le policier de chacun. La vie privée n’existe plus, elle est toute entière soumise au regard des autres, qui vous jugent sans même vous connaître et vous condamnent avant même de vous avoir laisser vous expliquer. Les gens sont prêts à condamner un homme avant même de l’avoir écouté parler !

Pour illustrer ces idées, Damasio a inventé toute une organisation sociale : des tours sont mises à disposition de tous les habitants, depuis lesquelles ils peuvent espionner la vie de leurs proches ou tout bonnement des autres grâce à des outils d’espionnage fournis. Ils peuvent témoigner anonymement d’actes dont ils ne connaissent même pas le contexte.
Les citoyens sont aussi soumis à l’implantation d’un code-barre qui leur permet de franchir les portes. Certaines portes leur sont bloquées si, par exemple, leur code en banque n’est pas assez rempli ou leur casier judiciaire n’est pas vide. Leurs déplacements sont ainsi constamment surveillés, leur vie entière est filmée, enregistrée et stockée sur le Terminor, un « ordinateur » géant contenant la vie entière de tous les citoyens.

C’est donc un contrôle absolu qu’exerce le gouvernement sur le citoyen, mais le pire, c’est que le citoyen en est conscient et y consent ! Je n’ai pu m’empêcher de comparer cela à l’époque d’aujourd’hui, et j’ai trouvé que le fait qu’il commence à y avoir des caméras dans de plus en plus de lycée, qui en placent même jusque dans les toilettes, est affolant. Si l’on va dans ce sens, toujours en prenant le prétexte de notre sécurité, pourquoi le gouvernement n’irait-il pas jusqu’à contrôler l’accès de ses citoyens selon divers critères établis à l’avance ?

Mais ce livre n’est pas que ça, c’est un appel à vivre, vivre comme on l’entend, « Lâchez vos écrans !, crie-t-il, regardez autour de vous, avez vous déjà vu vos voisins ? Leur avez-vous parlé ? ». Et il n’a pas tort, peu de gens peuvent se targuer d’avoir fait la connaissance de tous leurs voisins. Qui discute dans le bus, dans le tramway ou dans le métro avec des inconnus ? Seulement pour parler ? Très peu malheureusement.

Pour appuyer ce qu’il dit, Damasio met en place, autour de Cerclon, une société au régime inexistant, composée de plusieurs villages. Dans chaque village est développée une façon de vivre différente. Par exemple, dans Gomorrhe, on vit dans une constante ambiance de sexe, car un jour sur deux, vous pouviez soumettre une personne de votre choix à votre bon plaisir, et le deuxième, votre partenaire fait de même avec vous.
Dans la cité de Mirajeu, chaque mois, un thème est choisi, et vous devez vivre dans ce thème. Par exemple, si le thème choisi est « Le Moyen-Age », tous les habitants vivront comme s’ils étaient au Moyen-Age, essaieront de parler de la manière de l’époque, s’habilleront à la mode de l’époque, etc.

En tout cas, aucun chef ne règne, aucune police ne patrouille, l’équilibre est assez précaire. En plus de cela, il n’y a aucune monnaie. Comme Damasio l’explique, l’argent entraîne le capitalisme et les castes sociales réapparaissent, ainsi que les jalousies, tout fonctionne donc au troc. Le troc permet un rapprochement des habitants, car ils sont obligés de trouver un arrangement selon les capacités de chacun, et il n’est pas rare qu’un homme demande à un autre d’apprendre quelque chose à son fils.

C’est très bien donc, sur le principe, mais est-ce viable sur le long-terme ? Aucune police pour contrer les mauvaises intentions, tout repose sur la confiance. Mais ça ne peut pas marcher, et Damasio en donne une preuve : Dans Gomorrhe, un marché s’installe : celui de la prostitution, et dans Mirajeu, c’est la mafia qui s’installe, construit des casinos et fait régner sa loi particulière.

Bref je vais m’arrêter là, je finirais en disant que l’ambiance est plutôt sombre et qu’on en oublie parfois que le régime en vigueur est une démocratie, tellement le contrôle est absolu.

Lisez ce livre, au moins pour vous poser la question : Suis-je moi-même ou seulement une machine utile ?

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