Informations générales
- Auteur : Catherine Dufour.
- Date de parution : 09/2007.
- Format poche : Oui.
- Classé en Adulte.
- Note : 5 sur 5.
- Note des lecteurs (1 votant) :





- Conseil : A lire absolument.
Résumé et Avis
Mandchourie, en l'an 2213 : la ville de Ha Rebin dresse des tours de huit kilomètres de haut dans un ciel jaune de pollution. Dans les caves grouille la multitude des damnés de la société, les suburbains. Une maladie qu'on croyait éradiquée réapparaît. Cmatic est chargé par une transnationale d'enquêter sur trois cas. Une adolescente étrange le conduira à travers l'enfer d'un monde déliquescent, vers ce qui pourrait être un rêve d'immortalité. Mais vaut-il la peine d'être immortel sur une Terre en perdition ?
Citation : RyuuchanAvis aux amateurs de science-fiction bien sombre, vous êtes à la bonne porte.
Le Goût de l'Immortalité offre au lecteur une plongée dans un futur terrestre angoissant, sur les traces d'une jeune fille malade... mais pas malade comme tout le monde.
Ce monde présente la particularité (quoique...) d'être "divisé" en deux : au-dessus de la surface, dans des tours aux aspects confortables, vivent les privilégiés, les gens aisés. Passé un certain niveau, jusqu'au sol et en-dessous : les parias, les rebuts, avec lesquels les ponts ont été coupés brusquement suite à une épidémie.
Catherine Dufour brosse une fresque angoissante, où les laboratoires, les grands groupes, la pègre ont réellement le pouvoir, où l'humanité se putréfie lentement dans un pseudo-confort. Quelques notes de thriller, des protagonistes auxquels on s'attache vite, une histoire prenante, oppressante, magistralement bien menée.
Personnes cafardeuses s'abstenir, on n'en sort pas forcément indemne. Par contre, je conseille à tout les amoureux de SF, c'est vraiment du bon

Citation : PefJ'avais de Catherine Dufour l'image d'une Pratchett bleu-blanc-rouge, quoi de plus normal au vu de ses premiers écrits, Quand les dieux buvaient, quatre tomes de fantasy burlesque (light fantasy pour les anglophiles) pure et dure. Heureusement que j'étais prévenu, car Le Goût de l'Immortalité leur est diamétralement opposé !
Ici l'auteur nous décrit un monde bien sombre, une Terre souillée et en perdition, où la technologie est au service de cette utopie médicale éternelle qu'est la jeunesse inaltérable, où les modifications du génome humain sont monnaie courante, où la société se partage entre habitants des tours et résidents des sous-sol. L'écriture de Dufour est crue, elle tranche, taille, sans concession et nous met sous les yeux un monde dégénéré qui pourrait bien être le nôtre dans quelques siècles.
Dans ce livre on peine à entrer peut-être, on se laisse portés sans savoir où l'auteur veut nous emmener, en doutant même que l'histoire va aboutir quelque part. Sous la forme d'une longue confession d'une vieille dame revenant sur une partie de sa vie, les récits s'enchaînent, apparemment décousus. Et c'est dans la centaine de dernières pages que tout se met en place, que tout prend son sens, que nous apparaît la véritable intrigue en même temps que le dénouement. C'est une partie excellente qui éclaire tout le reste du livre, lui donne toute son ampleur ! A la lumière de ces dernières pages, on peut même voir Le Goût de l'Immortalité comme un vrai bon thriller.
Plongés dans ce monde dégradé, avec des personnages non moins dégradés, tant physiquement que moralement, on se régale autant qu'on s'effraie de la noirceur de l'écriture. C'est aussi un roman qui de manière originale nous invite à nous pencher sur le rêve d'immortalité qui a existé en tous temps. Mais ici l'immortalité a un prix des plus terribles, et n'est pas si belle qu'espérée.
C'est un bijou bien noir et terrifiant que nous propose Dufour, mais un bijou tout de même. A lire si l'on n'a pas peur de ressortir avec un gros cafard...
Citation : BartimeusIl faut le dire, après avoir lu ce livre, j’ai compris pourquoi c’était elle qui avait écrit la postface du diapason. L’ambiance de son monde est très proche de l’ambiance des nouvelles de monsieur Noirez, ceux qui ont lu mon avis sur le diapason l’auront compris, c’est très noir. On ne le saisit pas dès le début, car l’ambiance s’installe progressivement, on a au départ l’impression que la narratrice vit seulement dans un appartement d’immeuble, mais on comprend progressivement qu’en réalité, c’est le cas de tout le monde, et qu’il faut être fou pour aller à l’extérieur. On découvre donc par à coups un monde en perdition, que les anciennes générations ont surexploité sans penser à leurs enfants, qui héritent donc d’un monde à l’oxygène irrespirable, à la faune et la flore quasi-inexistantes. Les hommes vivent soit dans des hautes tours, soit, pour les plus pauvres, dans la suburb, c’est à dire la zone sous les tours. Vivre à l’air libre, ce n’est pas de la vie, mais de la survie.
C’est, en somme, le monde tel que le notre pourrait devenir, et il fait peur.
On se retrouve plongé dans une histoire fascinante, qui m’a parue brouillon au départ, on nous livre l’histoire de cmatic, un chercheur chargé d’enquêter sur sa voisine… On ne voit pas du tout où l’auteur veut en venir, mais on se laisse porter, parce que c’est bien écrit et parce que c’est fascinant.
En fait, ce qui peut choquer dans ce livre, c’est la narration. Elle est très particulière, même si ceux qui ont aimé ce livre préfèreront dire originale, et c’est mon cas, je l’ai trouvée vraiment originale. Le roman se présente comme une auto-biographie de la part de la narratrice à un homme qu’elle a rencontré sur le Réseau, une sorte d’Internet surveillé. Mais ce qui fait l’originalité de l’histoire, c’est que la narratrice, pour raconter son histoire à elle, va raconter l’histoire de 3 autres personnes, à tour de rôle. En vérité, la narratrice n’a pas eu une vie très passionnante, elle ne fait que subir beaucoup d’éléments et ne participe vraiment à sa vie qu’à la fin du roman. Et c’est ce qui peut choquer, on ne voit pas où l’on va, mais alors pas du tout. L’histoire du premier personnage ne nous intéresse pas réellement, et on sent pourtant que tout ce qui nous est raconté est vraiment la clé de voûte du roman. Pourtant, ça nous glisse entre les doigts et c’est vraiment frustrant. Je suppose que ceux qui ne supportent pas d’être laissés dans le flou de cette façon, qui ne supportent pas que l’auteur joue avec nous ont arrêté le livre, comme l’ont fait certains.
Personnellement, je l’ai laissée faire, je voulais voir où elle voulait nous entraîner, et je n’ai pas été déçu. L’auteure nous entraîne dans une direction que l’on n’aurait pas imaginé au début, en passant par la zone de la suburb, la Polynésie ou le 42ème étage d’une tour. Les éléments constituant l’intrigue sont dispersés un peu partout, tant et si bien qu’on se demande comment ils pourraient seulement se rassembler… Et pourtant, ils le font.
L’autre sujet abordé par ce roman est l’immortalité. On a l’habitude de nous voir rabâchée l’immortalité comme une horreur sans nom, une aberration de la nature que la science n’a pas le droit de se permettre. Mme Dufour ne se permet pas une telle morale, elle connaît la vie, elle sait qu’on ne veut pas la perdre et elle sait que tout le monde a cette envie coupable de vivre éternellement, comme elle le dit si bien pour conclure ce roman, « la vie est une drogue terrible« . Et dans son monde, la surpopulation due à l’immortalité n’est pas le pire, la terre est déjà morte des autres affres de la science.
Pour conclure, ce roman est vraiment fascinant, le style de l’auteure est irréprochable, on peut même dire qu’il est beau, et l’histoire, même si j’imagine que beaucoup n’auront pas le même avis que moi, est tout à fait à la hauteur du reste. On ne rit pas beaucoup pendant sa lecture, il donne des frissons, une boule au ventre parfois, une crispation horrifiée de la mâchoire… mais on ne peut pas s’en décrocher.
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