Nouvelle-Crobuzon: une métropole tentaculaire et exubérante, au cœur d'un monde insensé. Humains et hybrides mécaniques y côtoient les créatures les plus exotiques à l'ombre des cheminées d'usine et des fonderies. Depuis plus de mille ans, le Parlement et son impitoyable milice règnent sur une population de travailleurs et d'artistes, d'espions, de magiciens, de dealers et de prostituées. Mais soudain un étranger, un homme-oiseau, arrive en ville avec une bourse pleine d'or et un rêve inaccessible: retrouver ses ailes. Isaac Dan der Grimnebulin, savant fou et génial, accepte de l'aider. Mais ses recherches vont le conduire à libérer une abomination sur la ville tout entière...
Avis :Citation : CatlinelPar où commencer... Par ma surprise peut-être. Ca ne m'arrive plus si souvent de l'être par un livre, et là, je l'ai été, et plutôt deux fois qu'une. Nouvelle-Crobuzon, la cité où se déroule l'histoire est un monde à elle seule. Et quel monde ! La meilleure image que je peux en donner est celle d'une jungle urbaine tentaculaire, malodorante, dangereuse, mais Ô combien fascinante.
L'action en elle-même est lente à se mettre en place, les choses ne commençant à bouger que vers les dernières pages, mais il serait faux de croire que le livre manque pour autant d'intérêt. Ce premier tome est purement descriptif. Au fil des chapitres, on découvre peu à peu les quartiers, les races, les religions, les différents aspects des règles complexes qui régissent la vie des habitants de Nouvelle-Crobuzon.
La plupart du temps, c'est sombre, noir même et glauque. La misère côtoie la déchéance, l'intolérance et la bigoterie rôdent. La répression dans ses degrés les plus abjects règne de plein droit, brandissant la terrible menace de la recréation, procédé qui grâce à un usage corrompu, perverti de la thaumaturgie et de la science change ceux qui sont reconnus coupables de crimes en de monstrueuses aberrations.
Généralement, j'ai du mal avec ce genre d'atmosphère, mais là, je suis forcée de m'incliner. C'est vraiment trop bien fait, je ne peux pas ne pas aimer.
Les personnages participent à ma surprise, car on est loin, très loin des stéréotypes des héros "ordinaires" avec entre autre, Isaac, un savant pas très à cheval sur l'étique, Lin, une hybride scarabe perdue entre deux cultures et Yagharek, le mystérieux homme-oiseau qui ne rêve que de retrouver ses ailes.
Il aura fallu tout un tome pour planter le décor, pour mettre en scène tous les personnages. Tout ce fourmillement n'aura été qu'une mise en jambe. Je n'ose pas imaginer ce que va être le deuxième tome.
Citation : BartimeusPerdido Street Station est un pur joyau, déroutant mais merveilleux.
L'auteur plante un décor et des personnages qui, si on les voyait pour de vrai, nous feraient sûrement vomir. Mais en même temps, c'est fascinant.
Déjà, j'ai été envouté par le style de l'auteur. Il emploie aussi bien des mots riches que des mots du langage familier. C'est un peu déroutant de voir les mots "niquer", "pute" dans un livre comme ça au début, mais au bout d'un moment, on commence à se familiariser avec son style et ca coule tout seul. Les phrases un peu lourdes du début s'effacent peu à peu et nous laissent lire à une vitesse que je croyais impossible sur un livre comme celui là.
On peut qualifier les 300 premières pages de descriptives. Il y a bien un semblant d'intrigue qui se place, mais c'est vraiment rien du tout, juste le début de ce qui va prendre plus tard une énorme place dans le récit, et qui va devenir le fil conducteur du roman.
Imaginez vous dans une ville dont vous n'avez jamais entendu parler, et que vous visitez. Vous visitez cette ville une fois pour accompagner Lin qui va acheter des baies couleurs, une autre fois pour accompagner Isaac à l'université. Vous voyez tout, enregistrez tout, mais ne savez rien des races, et ne pouvez demander d'explication à personne. Vous devez apprendre tout tout seul. C'est exactement ce que l'on ressent dans Perdido Street Station, on apprend des us et coutumes de peuples, les lieux ou ils habitent, ceux qui sont persécutés, victimes, etc... uniquement ou presque avec de la description de lieux. L'univers se met en place, une ville-univers.
C'est uniquement lorsque l'on a fait le tour des quartiers qu'on se concentre sur le personnage d'Isaac et sur ses recherches, ou encore sur sa fiancée Lin, une khépri (sorte d'humain/insecte).
Isaac est un scientifique qui se considère lui-même comme touche à tout. Personnellement, j'ai eu beaucoup de mal à cerner ce personnage. Tantôt sympathique, tantôt violent, tantôt tendre, tantôt douteux... Bref, il n'est pas situé d'un coté de la barrière Bien/Mal, et la franchit quand bon lui semble ou quand cela est nécessaire.
Lin, sa fiancée, est une artiste. Elle sculte à l'aide de la bave khépri, c'est bizarre à expliquer mais en lisant ca passe tout seul. C'est un personnage qui a complètement cassé ses liens avec sa race, et dont elle voudrait ne plus entendre parler.
De temps en temps, on assiste à des faits divers, comme une grève que le maire fait éclater, ou encore le "meurtre" d'une prostituée et de son client, mais je ne sais pas comment tout ceci va se terminer, si ca va se rejoindre ou si ce sont des choses complètement différentes qui ne servent qu'à rendre le décor encore plus réaliste. Car nous avons même affaire à un moment à la réparation de Sincérité, un robot chargé des tâches ménagères très sentimental, qui subit l'attaque d'un virus. On sent que l'auteur a fait beaucoup de recherches puisqu'il parle de boucles infinies à un moment même.
L'univers est donc très complet, avec ses propres sciences, ses propres technologies, ses propres animaux et races.
Perdido Street Station m'a donc beaucoup plu, et j'attends la suite pour me faire un avis définitif.
Citation : PefPour faire bref dans un premier temps, je peux dire que je suis quasiment conquis !
Je commence par le "quasiment" pour pouvoir ensuite déballer la foule de compliments !
Donc mon petit reproche, le petit truc qui m'a gêné, et pourtant j'étais au courant, c'est le manque d'action et de dialogues... C'est un premier tome entièrement descriptif et c'est quelques fois un peu lourd.
Voilà, passées ces deux lignes de commentaires négatifs, je me lance dans le positif !
Je viens de dire que c'est un tome descriptif, mais quelle description !! C'est tout bonnement incroyable. Dès les premières pages j'ai eu l'impression, ça peut paraître bizarre mais c'est comme ça, de lire du Zola, ou de l'imitation Zola. Cette multitude de détails, souvent inutiles à l'action mais qui créent l'ambiance, l'atmosphère. Et tous ces détails sont entourés de comparaisons et métaphores qui rendent la ville réellement vivante, symbolisée par les cinq lignes ferroviaires - tentaculaires ! Et ça pour moi c'est une des caractéristiques de Zola : un texte qui se dit réaliste, d'où l'abondance de détails dans les non moins abondantes descriptions, mais qui vire souvent vers le fantastique voire le mystique ! J'ai retrouvé cette volonté de réalisme chez Miéville et j'ai adoré, car finalement c'est quand même plus facile et agréable (à mon humble avis) à lire que du Zola (enfin, ça dépend des passages ! ^^).
Les descriptions en elles-mêmes, parlons en. Elles nous rendent compte de cette ville que Barti a très justement qualifiée de ville-univers. Et en effet tout est là, les quartiers pauvres, les ghettos, les quartiers huppés, les rues malpropres, les grèves, le parlement et les autorités, la milice cachée et terrifiante... La ville regroupe quantité d'espèces, humaines, semi-humaines, animales ou végétales et c'est l'occasion pour l'auteur d'étudier les relations entre ces espèces, l'acceptation des différences et de la diversité... On peut faire alors un parallèle avec notre univers à nous.
J'ai été particulièrement marqué par quelques passages. Tout d'abord le chapitre où les personnages vont à la foire dans le but de rencontrer un Garuda. J'ai été époustouflé et choqué aussi. Miéville, à travers les yeux d'Isaac, nous décrit la cruauté humaine, le désir intense de l'homme d'asservir les autres créatures, la misère qui en découle, l'esclavage presque, que l'on pourrait appeler plutôt ici prostitution... Un grande partie des horreurs que l'homme a pu engendrer sont là, dans une foire... Et ça vous touche, vous remue. On peut là encore établir des relations entre notre monde et cette immense Nouvelle-Crobuzon : ce passage rappelle bien entendu les terribles expositions de noirs ou d'Indiens, organisées par les blancs occidentaux, après la découverte du Nouveau-Monde ou les grandes expéditions africaines.
Un deuxième passage plus court celui-ci m'a interpelé. C'est la description d'un quartier, celui de Palus-de-Chien, que nous découvrons dans les pas d'un des personnages, la journaliste Derkhan. C'est une des quartiers les plus pauvres et l'auteur nous place froidement en face de la misère, que ce soit celle des prostituées ou des Recrées. On ne peut s'empêcher d'être soufflés par la puissance narrative et évocatrice de l'auteur !
Une partie du roman, vers le milieu du livre, se rapproche du roman scientifique. Isaac développe ses théories scientifiques, nous fait part de ces évolutions, et le fait sans vraiment vulgariser pour nous, pauvres lecteurs que nous sommes. Et donc bien que je n'ai pas tout compris à cette théorie de l'énergie de crise, j'ai été happé par ce passage que j'ai trouvé très intéressant.
De plus l'auteur ne fait pas du scientifique seulement pour le scientifique ! En effet, on ne sera pas sans remarquer la dénonciation de la bombe atomique, à peine cachée sous le nom de "bombe à Torsion" ! Et là encore on admire, béats, le talent de l'auteur !
L'action arrive à la fin du tome (on assiste là encore à une superbe scène de grève violemment réprimée par les autorités... excusez moi si je cite tous les passages ^^) et le tome 2 promet d'être grandiose ! En effet, plusieurs pistes ont été ouvertes et l'on attend dénouement de chacune d'elle !
En conclusion je conseille bien entendu ce livre ! Bien que l'action tarde à démarrer, si toutefois elle arrive à un moment, mais ce roman ne manque pas d'intérêt ! Je serai moi aussi bien en peine de classer cette oeuvre dans un genre, je pencherai plutôt vers la SF je pense, mais c'est discutable comme souvent !